Le passeport « mérite » de Malte, c'est l'ancien programme en toge
La CJUE a tué le dernier passeport doré de l'UE en avril 2025. Le remplaçant maltais change l'étiquette, pas la transaction. Le verdict.
La Cour de justice de l'Union européenne ne fait pas dans la nuance. Le 29 avril 2025, dans l'affaire Commission contre Malte (C-181/23), elle a jugé que vendre la citoyenneté « commercialise » le statut de citoyen de l'Union et viole le droit de l'UE. C'était la fin du dernier passeport doré à l'intérieur du bloc, le dernier héritier d'un commerce que Chypre avait déjà abandonné et que la Bulgarie avait déjà supprimé.
Malte n'a pas mis longtemps à répondre. Un projet de loi a été déposé le 30 juin 2025. Les Granting of Citizenship for Exceptional Services (Amendment) Regulations 2025 ont été publiées le 29 juillet 2025. Le mot « investisseur » a été discrètement supprimé. À sa place : « technologues », « philanthropes », « contribution exceptionnelle », « intérêt exceptionnel ». Le programme porte désormais un nouveau nom, la citoyenneté par mérite, et un nouveau vocabulaire. La question, pour quiconque tient un chèque à sept chiffres, est de savoir s'il en résulte aussi une nouvelle substance.
Mon avis : non. Pas encore, et peut-être jamais sous la forme que le marketing laisse entendre.
Ce que la Cour a réellement dit
Lisez l'arrêt, pas les résumés. La CJUE ne s'est pas opposée au fait que Malte naturalise des étrangers fortunés. Elle s'est opposée à un lien transactionnel : l'échange systématique de paiements prédéterminés contre un passeport, sans exigence d'un lien réel avec le pays. La Cour a présenté la citoyenneté comme quelque chose qui suppose un « lien de nationalité », pas un produit doté d'une grille tarifaire.
Cette distinction compte énormément pour la suite. Elle signifie que le correctif ne peut pas être cosmétique. Un programme qui conserve la même architecture de contribution, la même formalité de résidence courte et la même garantie de fait d'obtenir un accord, mais qui remplace l'étiquette « investisseur » par « philanthrope », est exactement ce que la Cour a décrit. Renommer l'acheteur ne fait pas disparaître la transaction.
Point crucial, l'arrêt s'impose à tous les États membres. Aucun gouvernement de l'UE ne peut désormais relancer une filière citoyenneté-contre-argent. Malte ne choisit pas la prudence, elle est acculée.
Ancien programme, nouvelle toge
Voici la partie inconfortable. Retirez le vocabulaire et regardez la mécanique.
| Caractéristique | Programme investisseur pré-2025 | « Citoyenneté par mérite » 2025 |
|---|---|---|
| Instrument juridique | Citoyenneté par naturalisation pour services exceptionnels | Même loi, règlement modifié |
| Catégorie éligible | « Investisseurs » | « Technologues », « philanthropes », entrepreneurs |
| Motif invoqué | Investissement plus résidence | « Contribution exceptionnelle » ou « intérêt exceptionnel » |
| Élément de résidence | Durée minimale avant l'octroi | Durée minimale de résidence maintenue |
| Domaines d'évaluation | Contribution économique | Science, recherche, innovation, culture, sport, entrepreneuriat, philanthropie, alignés sur la Vision 2050 de Malte |
| Pouvoir discrétionnaire | Élevé | Plus élevé, et plus flou |
L'exigence de résidence survit. La logique de contribution survit dans son esprit. Ce qui change, c'est la justification : les candidats sont désormais évalués au regard de domaines d'intérêt national rattachés à la stratégie économique Vision 2050 de Malte. Sur le papier, c'est un test de mérite. Dans les faits, « entrepreneuriat » et « philanthropie » sont des catégories assez larges pour accueillir presque n'importe quel candidat fortuné qui structure correctement son dossier.
Voilà la feuille de vigne. Elle est peut-être bien construite. Elle reste une feuille de vigne.
Pourquoi ce changement d'étiquette est juridiquement fragile
La Commission a gagné l'affaire C-181/23 en plaidant le fond plutôt que la forme. Elle appliquera le même test à tout programme successeur. Si le dispositif « mérite » fonctionne comme une filière de paiement dotée de critères décoratifs, Bruxelles dispose à la fois du précédent et de l'appétit nécessaires pour l'attaquer à nouveau. Et la Commission n'a pas besoin d'un nouvel arrêt pour compliquer la vie : une procédure d'infraction, un avis motivé, un second renvoi devant Luxembourg. Chacune de ces étapes représente des années d'incertitude suspendues au-dessus du passeport rangé dans votre tiroir.
Pour un client, le risque n'est pas de se voir retirer sa citoyenneté : révoquer une nationalité déjà accordée est juridiquement périlleux et politiquement désastreux. Le risque est plus subtil, et plus corrosif :
- Vous entrez dans un programme en pleine bataille judiciaire, et il est suspendu avant que votre dossier n'aboutisse.
- Les règles du jeu changent, la durée de résidence s'allonge, les domaines de « contribution » se resserrent, le pouvoir discrétionnaire se durcit, pendant que vous êtes déjà engagé.
- La décote de réputation s'attache au passeport. Les États gardiens traitent déjà la citoyenneté liée à un investissement comme « intrinsèquement à haut risque ». Un passeport maltais obtenu via un programme manifestement rhabillé attire exactement le contrôle qu'un passeport de l'UE est censé vous épargner.
Ce qui est réellement différent, et ce que cela exige
Il faut reconnaître un mérite à Malte. Le cadrage « mérite » n'est pas du pur théâtre. Il indique une direction : l'époque où la naturalisation était une fonction quasi automatique d'un virement bancaire est révolue dans toute l'UE. Si Malte veut que ce programme survive au contact de la Cour, elle devra faire mordre le test de mérite pour de vrai : substance réelle, présence réelle, contribution réelle, évaluée sur le fond et susceptible d'être refusée.
Pour le bon candidat, ce n'est pas un défaut. Un fondateur qui relocalise réellement une entreprise technologique à Malte, qui y passe véritablement du temps, qui construit quelque chose que le gouvernement peut mettre en avant, cette personne a un dossier défendable. Le motif de la « contribution exceptionnelle » a toujours été pensé pour elle. Le problème, c'est que le marketing veut aussi le vendre à tous les autres.
Si vous ne pouvez pas formuler, en une phrase honnête, pourquoi Malte vous accorderait la citoyenneté pour votre mérite plutôt que pour votre argent, c'est le risque contentieux que vous achetez, pas le passeport.
Les alternatives honnêtes
Pour une famille fortunée qui veut un pied-à-terre dans l'UE, la citoyenneté a toujours été l'option des impatients. Les options patientes restent intactes et constituent, à l'heure actuelle, le meilleur pari :
- La résidence puis la naturalisation dans un État membre doté d'un programme crédible, en acceptant le calendrier. Plus lent, moins coûteux en risque juridique, et à l'abri de l'objection de commercialisation de la CJUE, parce que vous y vivez réellement.
- Une citoyenneté hors UE comme police d'assurance, associée à une résidence dans l'UE plutôt qu'à une citoyenneté de l'UE. La mobilité, sans la cible dans le dos.
- La filiation, là où elle existe. Personne ne poursuit en justice à cause d'une grand-mère.
Aucune de ces options n'est glamour. Toutes survivent à une lecture hostile à Luxembourg.
Le verdict
La citoyenneté par mérite de Malte, c'est l'ancien programme habillé d'une toge : le même corps, drapé dans le langage de la contribution et de l'intérêt national. Pour un acheteur passif qui attend un passeport en échange d'une contribution et d'une formalité, c'est un piège, mal calibré au regard du risque juridique et réputationnel qu'il porte désormais, et exposé à une Commission qui vient de faire triompher l'idée qu'une telle filière est illégale.
Pour un bâtisseur sincère prêt à s'installer à Malte, à y passer ses journées et à créer quelque chose que l'État peut défendre comme « exceptionnel », il existe peut-être une voie étroite et légitime. Mais cette personne n'a guère besoin du marketing du programme : son dossier tient debout sur ses propres faits.
Mon conseil n'a rien de romantique. Traitez toute filière de citoyenneté par contribution dans l'UE comme radioactive tant qu'un programme successeur n'a pas réellement survécu à une contestation de la Commission. En attendant, achetez la résidence, gagnez la citoyenneté, et laissez ceux qui vendent des passeports drapés de toge découvrir au tribunal ce que la Cour leur a déjà dit.
Questions fréquentes
L'UE a-t-elle vraiment interdit le passeport doré de Malte ?
Oui. Le 29 avril 2025, dans l'affaire Commission contre Malte (C-181/23), la Cour de justice de l'Union européenne a jugé que le programme maltais de citoyenneté par investissement commercialisait illégalement la citoyenneté de l'Union. Malte a cessé d'accepter les demandes de citoyenneté par investissement après l'arrêt, et le jugement s'impose à tous les États membres, si bien qu'aucun pays de l'UE ne peut relancer une filière citoyenneté-contre-argent.
Qu'est-ce que le programme de citoyenneté par mérite de Malte ?
C'est le remplaçant maltais de la filière investisseur interdite, publié sous le nom de Granting of Citizenship for Exceptional Services (Amendment) Regulations 2025 le 29 juillet 2025. Il retire les investisseurs de la liste des candidats éligibles et y ajoute les technologues et les philanthropes, en évaluant les candidats sur leur contribution exceptionnelle ou leur intérêt exceptionnel pour Malte, dans des domaines comme la science, l'innovation, la culture, le sport, l'entrepreneuriat et la philanthropie, alignés sur la Vision 2050 de Malte.
La nouvelle filière de citoyenneté par mérite de Malte est-elle juridiquement sûre ?
C'est une question non tranchée. La CJUE a gagné son affaire en privilégiant le fond sur la forme, et elle peut appliquer le même test à tout programme successeur qui continuerait à fonctionner comme une filière de paiement dotée de critères décoratifs. Si le test de mérite ne mord pas réellement, la Commission européenne dispose à la fois du précédent et de l'appétit nécessaires pour attaquer à nouveau le dispositif.
Le programme « mérite » de Malte m'oblige-t-il à vivre à Malte ?
Oui. Une durée minimale de résidence à Malte est exigée avant toute demande, et cet élément de résidence a survécu à la refonte. Pour que le programme résiste à une contestation juridique, cette présence et la contribution sous-jacente devront probablement être réelles, et non une simple formalité.
D'autres pays de l'UE peuvent-ils encore vendre la citoyenneté après cet arrêt ?
Non. L'arrêt de la CJUE s'applique dans tout le bloc et empêche tout État membre d'exploiter ou de relancer un programme commercial de citoyenneté-contre-argent. Chypre et la Bulgarie avaient déjà démantelé leurs programmes. Malte était la dernière place forte avant la décision d'avril 2025.
Quelle est la voie la plus sûre vers un passeport de l'UE pour une famille fortunée ?
La voie la moins risquée est la résidence suivie d'une naturalisation ordinaire dans un État membre crédible, en acceptant les années de résidence réelle exigées. C'est plus lent, mais à l'abri de l'objection de commercialisation de la Cour, parce que vous y vivez réellement. La citoyenneté par filiation, là où elle existe, ne comporte aucun risque contentieux de ce type.
Sources (2)

Édite la couverture citoyenneté de la rédaction et la règle permanente selon laquelle chaque affirmation cite son texte.
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